Vedocci sur la paillasse

Un régime minceur coté posts, un bronzage efficace coté tweets… bref Vedocci était sur les starting-blocks pour les rencontres de l’été. Et ça marchait ! Vedocci sentait déjà se poser sur son contenu numérique un regard insistant, pénétrant même… Vedocci se retourna, espérant tomber sur la moitié d’un Brangelina… Raté, c’était un chercheur.

Et voilà comment Vedocci s’est retrouvé objet de recherche scientifique, dans le cadre de la publication « Hybridation des savoirs en intelligence économique. Quel rôle pour les blogs ? » de Christian Marcon à l’occasion du colloque International MUSSI (Médiations et Usages Sociaux des Savoirs et de l’Information). Dans cette étude de blogs consacrés à l’IE, Vedocci arrivait premier (exæquo avec Jérome Bondu) au nombre de billets étudiés, à savoir une centaine. Mazette ! Bon, rendons à César ce qui est à César, il s’agit du Vedocci de l’époque Maël, qui laissera donc une trace conséquente dans l’histoire des sciences.

La suite est cependant moins jouasse, résumée en un récent billet de Christian Marcon, « C’est prouvé : les bloggeurs en intelligence économique se f… de ce qu’écrivent les chercheurs en intelligence économique »… s’ensuit une tentative exhaustive d’explications de la chose, puis d’un intrépide La balle est dans votre camp, bloggeurs passionnés d’intelligence économique. Pourquoi ne vous emparez vous pas de ce que les chercheurs en intelligence économique écrivent ?

La balle en question (la publication scientifique date de juin 2011) ayant mis un an pour atterrir dans le camp des bloggeurs (assez vaste heureusement pour ne pas le louper, puisqu’il s’agissait ni plus ni moins que de la blogosphère), on ne peux qu’applaudir la dextérité de Christian Marcon qui l’a d’abord expédiée dans l’espace de façon à ce qu’elle reste en orbite une année terrestre, puis retombe sur sa cible. Cette dernière a donc réagit, soit dans les commentaires du billet, soit (comme ici ou Euresis) par un billet dédié, soit par un haussement d’épaules… ce billet évitera quant à lui d’être redondant avec les réponses des autres blogueurs (dont celle de Maël, le , et essayera d’apporter quelques remarques complémentaires pour expliquer ce désamour, tout en restant espiègle parceque quand même, c’est l’été et le beau temps est revenu sur Paris. Sophie Larivet en sera à plusieurs occasions l’héroïne bien involontaire, mille excuses par avance à son égard.

 

La première remarque est une évidence, au delà de la boutade sur la balle géostationnaire (ou non !) envoyée par Christian Marcon depuis le Marais Poitevin : le temps de la recherche n’est pas celui des bloggeurs. Le chercheur vit au rythme de ses propres recherches, du temps de sortie des actes des colloques ou des revues auxquels il soumet ses publications, et de l’appropriation de sa publication par ses petits camarades qui vont la citer dans leur propre publication etc. A l’inverse, le bloggeur vit au rythme des flux RSS, des tweets, des articles, des dossiers dans la presse, de retours d’expériences… et de publications pas forcément scientifiques d’instituts, d’associations, de think tanks… bref tout organisme qui publie pour se positionner le premier sur un sujet, répondre à une demande ou démontrer son expertise. On se retrouve donc dans la situation où si, d’un point de vue scientifique, un an d’existence pour une publication équivaut à l’entrée à la maternelle, bien souvent pour un bloggeur c’est la préhistoire… voire l’obsolescence (comme ici avec le Vedocci étudié) !

Ce décalage temporel entre la production scientifique et sa diffusion explique déjà en partie qu’un bloggeur, même « passionné », ne va pas chercher à anticiper et suivre un événement scientifique en lien avec l’IE, étant rarement précisé à quelle date et sous quel format (papier, pdf, gratuit, payant, diffusion globale ou par le chercheur lui même…) l’info va sortir. Et quand il tombe sur la perle rare, bien souvent c’est avec des mois, voir des années de retard. Mais parfois la chance est avec lui : la 17ème édition du colloque de l’Association Information et Management, du 21 au 23 mai 2012, a mis en ligne la plupart des publications (et encore, pas sous forme d’actes, mais de liens intégrés au programme… enfin passons) : Gestion des risques, Usages des réseaux sociaux et jeux vidéos, Alignement stratégique, Sécurité et Fiabilité, Gestion des connaissances, etc. Un vrai bonheur ! Mais franchement, quel bloggeur non-chercheur va consacrer plusieurs heures à explorer toutes ces publications, à chercher la pépite dont il pourra parler sur son blog, connaissant les obstacles (énumérés par C Marcon et les bloggeurs dans leurs réponses) qui l’attendent ?

Alors quoi ? Et bien on s’en remet bien souvent à notre vieille copine la sérendipité. Un exemple: la publication « Les dirigeants de PME et l’Intelligence Stratégique : éléments attitudinaux » de Sophie Larivet, mentionnée dans un précédent post, n’est pas le fruit d’une veille performante, mais du hasard. En cherchant des infos pour la rédaction de votre billet, vous vous retrouvez sur le site CIRCEE, par curiosité vous consultez le Cahier de Recherche n°15 de mai 2012, et pouf vous tombez dessus. Maintenant, que dire sur cette publication dans un but « d’hybridation des savoirs » ?

Pas grand chose en rapport avec les thèmes de prédilection de Vedocci, car il s’agit là d’une enquête sur l’Intelligence Stratégique dans les entreprises wallones (donc coté ligne éditoriale concernant d’avantage le blog Euresis) menée par l’Agence de Stimulation Économique (ASE, qui travaille d’ailleurs sur l’Intelligence stratégique avec succès, en collaboration avec différents opérateurs, dont la CCI du Hainaut). On rappellera néanmoins, pour ceux qui souhaitent approfondir la thématique de l’Intelligence Stratégique dans les entreprises belges, que le Forum européen IES du 10 au 12 octobre 2012 à Lille devrait répondre à toutes leurs questions, y compris sur les résultats de cette publication, puisque l’ASE y présentera un Benchmark du dispositif wallon mis en place en intelligence stratégique et l’École de Gestion de l’Université de Liège un Bilan des pratiques de veille stratégique au sein des PME wallonnes

 

Mais le plus étonnant dans tout cela n’est pas tant le relatif jmenfoutisme des bloggeurs, mais bien que le monde de la recherche lui même n’ait pas cherché à combler ce vide. Pourquoi aucun chercheur en IE ne tient un blog faisant état des dernières publications en IE accessibles sur le net ? Pourquoi, puisqu’il s’agit souvent de sujets complexes, aucun chercheur ou professeur ne s’est lancé dans un blog ayant vocation de vulgariser des publications scientifiques en IE ?

En temps normal la nature a horreur du vide, mais un rapide (et forcément partial et partiel) aperçu de l’activité numérique de quelques thésards et chercheurs en IE permet de constater que ce vide résulte d’un choix. Camille Alloing n’utilise pas le Rayon Recherches & Réflexions (sans doute l’un des plus avancé en la matière « d’hybridation ») de CaddE-Réputation pour diffuser ou rechercher des commentaires sur ses publications scientifiques. Sophie Larivet n’ouvre pas la page de ses publications aux commentaires, Humbert Lesca et son équipe non plus. Henri Dou le fait, mais son site est d’avantage à vocation informative que collaborative… la liste est longue, et  d’autres exemples sont encore cités dans les commentaires au billet de C. Marcon.

Ces chercheurs ont-ils tord ? Au contraire, ils ont parfaitement raison ! C’est qu’il ne faut pas se leurrer : pour un chercheur, l’avis du comité de lecture d’une revue ou du comité scientifique d’un colloque sera toujours plus crucial que des commentaires sur un blog. Le nombre de citations de sa publication dans la littérature scientifique infiniment plus important que des taux de consultation. Les déclarations d’amour les plus enflammées des bloggeurs en IE feront toujours moins chavirer Sophie Larivet qu’un classement par l’AERES d’une revue spécialisée en IE. Bref, le fossé des attentes est large et cela arrange tout le monde. Pourtant, pour le réduire, Christian Marcon propose aux bloggeurs de consulter des bases de données scientifiques, d’y trouver et « s’emparer » des articles IE qui les intéresse… bref, Christian Marcon propose, de manière assez cocasse, pour rapprocher chercheurs et bloggeurs, que ces derniers se comportent en… chercheurs.

Désolé Christian, mais l’hybridation est comme le mariage : quand c’est arrangé cela à moins de saveur. Ici on préfèrera donc ne pas relever le gant pour en rester à notre bonne vieille sérendipité. Celle qui nous fait découvrir par hasard que Sophie Larivet, après avoir arpenté les arcanes des PME françaises, s’en est allé explorer celles de nos voisines belges, et d’avoir envie d’en parler. C’est plus spontané, plus stimulant. Plus blog, quoi.

 

 

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4 responses to “Vedocci sur la paillasse”

  1. Camille A

    Bonjour Thibault,

    Puisque je suis cité (merci!), je me permets ma petite contribution :-)

    Tout d’abord une inexactitude : je cite systématiquement les articles que j’ai publié dans mon « rayon recherche ». Je met en ligne les PPT de mes présentations en colloque, et le lien vers HAL le cas échéant (mais oui : ce n’est pas ça qui me fait gagner de l’audience :-) -mais je m’en fiche un peu).
    Effectivement, le temps est parfois long, mais ne dépend pas spécifiquement des chercheurs, mais plutôt des colloques/éditeurs : si il y a actes, il faut attendre. S’il y a édition : 2 ans à minima avant que l’article devienne gratuit (ce qui est absurde, mais c’est un autre débat).

    Ensuite, il est vrai pour ma part que j’ai tendance par la suite à vulgariser mes réflexions afin de toucher un lectorat plus large, et justement essayer de faire passer mes réflexions de chercheur. A l’inverse, je complexifie certaines réflexions « bloguesques » pour produire des papiers. Ce que ne font pas tous les chercheurs…

    Bref, sans vouloir rentrer dans l’éternel débat « le temps de la recherche VS le temps des entreprises » (je suis en plein dedans avec mes activités pros/recherche), je trouve dommage cette in-communication des deux côtés :
    - les chercheurs qui parfois restent dans leur « monde de la recherche », avec ses codes, son langage, ses priorités, etc., et n’invitant pas à la lecture ;
    - les pros/blogueurs, qui souhaitent ou promeuvent l’innovation, mais qui pour autant choisissent une approche parfois trop court-termiste de mon point de vue, et oublient que « le flux c’est bien, le fond c’est mieux » :-) ))

    Les risques pour les chercheurs : être dé-crédibiliser, ne plus intéresser ou être en décalage pour le monde professionnel.
    Les risques pour les pros : réinventer constamment la roue alors que des chercheurs y ont déjà réfléchis et produit des expérimentations (mon exemple préféré : l’influence), au risque de tourner en rond donc.

    Après, le dialogue, comme tu le soulignes, ça s’organise! ;-)

  2. Christian Marcon

    Bonjour Thibault,

    Merci pour cette stimulante réaction à mon billet poitevin. Et toutes mes excuses pour n’avoir pas cité votre billet dans le texte que j’ai ajouté hier à propos des commentaires que j’avais (à ce moment là) identifiés. Je corrige mon texte.

    Concernant le temps des bloggeurs et celui que j’ai mis à mettre en ligne mon texte, tout à fait d’accord. Une explication simple : je n’ai ouvert ce blog que depuis trois mois. Je suis donc tout nouveau dans l’exercice et cette activité vient en plus de toutes les autres. Pour les prochaines communications, je m’efforcerai de faire mieux. Promis.

    Différence de rythmes entre nos activités, c’est certain. Mais si j’en crois votre billet si nous mettions en ligne nos travaux dès leur publication, ils seraient déjà un peu périmés et de toutes façons lus de manière aléatoire ? Ce sont généralement des synthèses, des regards distanciés comme vous le soulignez qui ne me semblent pas se périmer si vite que cela.

    Vous avez raison de dire, et Camille avec vous, que nous autres chercheurs ne faisons pas non plus le boulot d’aller vers les bloggeurs. Je vais donc essayer à partir de la rentrée d’identifier les parutions de recherches disponibles en ligne sur Internet au fil de l’eau et d’en vulgariser quelques unes. Histoire de voir si cela sert à quelque chose de plus que des haussements d’épaules.

    Bon été à vous.

    Christian Marcon

  3. silver price

    MUSSI est un réseau scientifique créé à l’initiative de chercheurs en sciences de l’information-documentation du Brésil et de France. Il s’est donné pour objectif de développer et de croiser des recherches conduites dans les deux pays sur les Médiations et Usages Sociaux des Savoirs et de l’Information. Résultat des échanges établis entre chercheurs et institutions des deux pays, initiées en 2004 (publications, colloques, cours, visites, conférences, etc.), il a pour ambition de renforcer et d’élargir les collaborations. Afin de constituer des espaces de débat prenant en compte les aspects culturels, sociaux, éducatifs, scientifiques et économiques différenciés des deux pays partenaires et de les confronter avec des travaux de chercheurs d’autres pays, il organise des colloques et des journées scientifiques internationaux.

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