David Dusa a présenté à Cannes 2010 son premier long métrage : Fleurs du mal (site officiel – Facebook). Ce film raconte l’histoire d’amour entre Rachid « Gecko » (jeune Parisien adepte de danse, interprété par Rachid Youcef), et Anahita « Miss Dalloway » (Iranienne qui vient de débarquer à Paris, incarnée par Alice Belaidi). Au centre du film, entre autre, la révolte iranienne vue par les réseaux sociaux (YouTube, Twitter), et une histoire d’amour où, là aussi, les réseaux sociaux sont capitaux.
Un film qui interroge notre rapport à Internet
Il n’y a pas très longtemps, Slate se désolait de la représentation de l’Internet au cinéma : « The Social Network, qui est plus un film de procès qu’un film sur Facebook, est symptomatique de la façon dont Internet est représenté au cinéma: mal. » D’abord parce que « les ordinateurs, c’est chiant » : « Représenter Internet n’est pas très excitant visuellement: des gens devant leur écran, c’est ennuyeux, et des écrans, encore plus ennuyeux » explique (toujours à Slate) Jean-Noël Lafargue. Ensuite par ce qu’ « Internet fait peur ou rire ». Bref, Slate – enfin, Cécile Dehesdin – de s’interroger : « Alors, à quand LE film qui montre comment nos rapports à la drague, la famille, l’amour ou l’amitié ont tout changé avec Facebook? » Fleurs du Mal, dont l’auteure de l’article n’a alors vu que la bande annonce, est peut-être celui-là !

Rachid Youcef, lors de sa venue au Festival International du Premier Film d'Annonay (2011) - photo (c) Rachel Paty
Des réseaux sociaux totalement intégrés au film
Internet (plus particulièrement le web social, car il est surtout question de Facebook, Twitter , Wikipédia et YouTube) structure les trois strates narratives : les performances de Gecko, les vidéos YouTube postés par des citoyens iraniens, et l’histoire d’amour entre les deux personnages principaux. Pour reprendre la chronologie du film :
[Première approche d'Internet : Gecko surfe chez lui, met sur Facebook des vidéos dans lesquelles il danse, et s'informe sur l'actualité dans le monde (dont les embouteillages en Iran grâce à YouTube).]
D’abord, Anahita fait une rencontre avec un jeune homme (Gecko travaillant dans un hôtel dans lequel descend la jeune femme à son arrivée à Paris). Après avoir échangé quelques mots dans l’ascenseur et dans la chambre, ils se perdent de vue (elle a quitté l’hôtel, lui ne sait comment la joindre). Elle le retrouve sur Facebook, grâce à son pseudo qu’il lui avait donné. Ils poursuivent d’abord sur ce réseau social une discussion IRL qui était restée embryonnaire, avant de convenir d’une nouvelle rencontre IRL.
Ensuite, Twitter et Youtube sont les moyens privilégiés d’Anahita pour savoir ce qui se passe dans son pays, ce que deviennent ses amis. Ses tweets, et certains qu’elle lit, s’affichent à l’écran (dans une grammaire simplifiée : pas de replies, pas de RT, pas de hashtags… je pense qu’il s’agissait de ne pas paumer le non-initié à Twitter). Les vidéos postées sur YouTube apparaissent en mode plein écran (du cinéma), temps de chargement compris. Anahita y cherche à voir ceux qu’elle a laissé là-bas… et se tourmente lorsqu’elle croit reconnaître un ami blessé dans l’une d’entre elles.
Enfin, de manière plus anecdotique que les exemples déjà cités, au début de leur relation, Gecko se renseigne sur l’Iran grâce à Wikipédia et cherche à comprendre les tourments d’Anahita en se rendant comme elle sur YouTube (il n’est pas initié à Twitter).
Internet et la révolution iranienne
Pour autant, Fleurs du mal ne présente pas la révolution iranienne comme une « révolution 2.0 » . De toutes manières, le film se déroule intégralement en France, mais on peut se poser la question : « Quelle place accorder maintenant à ces nouveaux outils de communication dans les mouvements de révolte arabes ? » Les deux protagonistes – et elle plus que lui – sont en recherche d’informations chaudes : que sont devenus amis et famille ? comment la situation évolue-t-elle ? « Bien sûr, il va sans dire que ce n’est pas Internet ou les réseaux sociaux qui font la révolution » relativise Marie Bénilde à propos des mouvements dans les pays arabes en 2011. On rejoint alors Evgeny Morozov cité par Cory Doctorow : « On a présenté partout le réseau de microbloging comme un outil fondamental pour les initiatives de l’opposition sur le terrain, mais par la suite, il est apparu clairement que les Iraniens d’Iran n’avaient été présents que marginalement sur Twitter, bien qu’ils aient utilisé beaucoup d’autres outils de diffusion et que ceux-ci aient été en effet essentiels dans la réaction à l’élection iranienne. Morozov décrit minutieusement le fait que beaucoup des trois millions d’Iraniens expatriés sont en effet actifs sur Twitter, et que c’est ce trafic, ainsi que les messages de sympathie d’utilisateurs non-Iraniens, qui ont fait de l’élection iranienne et de ses conséquences un évènement majeur sur Twitter. »
Et après ?
PS 1 : le film regorge de qualités, avec notamment une bande-son alliant, entre autre, Mr Oizo (pour l’une des scènes dansées du film) et Gonzalez
PS 2 : le film, pas encore distribué en France, est soutenu par l’Acid, association de cinéastes qui soutient la diffusion en salles de films indépendants. Je signale un autre film – encore plus étonnant – dans la même situation : Donoma ; et là encore, les réseaux sociaux ont un rôle à jouer, dans la diffusion du film cette fois : allez voir sur Facebook

Rachid Youcef, tourjours à Annonay, en février 2011. Photo (c) Rachel Paty


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