Eléments d'analyse stratégique : Déterminer l'importance de la Recherche et Développement

Le budget R&D

Le montant du budget R&D et sa part dans le chiffre d’affaires global de l’entreprise sont des indicateurs qui révèlent l’importance que lui attribue l’entreprise. Plus ils sont élevés, plus ils indiquent que la société a des capacités d’innovation : elle peut renouveler plus rapidement ses gammes de produits, ou en proposer de totalement nouvelles. De même, l’évolution de ce poste dans le budget montre si la R&D gagne, reste stable ou perd dans l’intérêt de l’entreprise.

Les capacités de R&D

Deux aspects peuvent être exploités pour analyser les capacités de recherche d’une firme :
- le nombre d’unités de recherche dans le monde et leur organisation
- le nombre de chercheurs et leurs profils, le recours à des experts de domaines précis qui permet d’évaluer le « niveau d’excellence » de la recherche d’une société.

Les thèmes de recherche

Les thèmes de recherche sont révélateurs des préoccupations d’une entreprise puisqu’ils peuvent signaler de futurs produits. Hormis quand la société communique sur ses thèmes généraux de recherche, ce genre d’information est difficile à obtenir. Si une firme dépose des brevets, leur analyse est l’un des moyens de les déterminer.

Un brevet est un titre de propriété industrielle qui confère à son titulaire un droit exclusif d’exploitation sur l’invention brevetée, durant une durée limitée (généralement 20) et sur un territoire déterminé (en général un pays ou un groupe de pays). C’est un moyen d’empêcher ses concurrents de reproduire une innovation. En contrepartie, l’invention doit être théoriquement divulguée au public.

Le brevet se distingue d’une publication scientifique par le fait qu’il implique un intérêt économique. En effet, le dépôt d’une demande de brevet étant coûteux, il indique que l’invention représente un potentiel économique (notamment pour ses concurrents) suffisant pour justifier cette dépense. Et ce, d’autant plus si la demande couvre un grand nombre de pays. Précisons qu’il existe entre 5 et 6 millions de brevets en vigueur dans le monde, et que le nombre de dépôts augmente chaque année.

Les publications brevets sont facilement disponibles, couvrent un grand nombre de domaines technologiques et donnent un haut niveau de détails. En plus de la description détaillée de l’invention elle-même, les publications brevets contiennent des informations de nature concurrentielle. Par exemple, le taux d’innovation d’une entreprise est mesuré par la quantité de brevets qu’elle publie. Son profil technologique est donné par le nombre de brevets déposés par domaine technique. Le potentiel commercial est évalué par la couverture géographique de la protection d’une technologie donnée. Les collaborations sont perçues au travers des co-déposants, etc.

Lorsqu’une entreprise dépose un brevet, elle est la seule à pouvoir utiliser une innovation. Un autre moyen d’employer une innovation est l’achat de licence (il s’agit alors d’une innovation partagée). En outre, la R&D peut être sous-traitée (en partie ou en totalité). Bref, l’évaluation des capacités de recherche n’est pas forcément suffisante pour déterminer le niveau d’innovation d’une entreprise.

Mais comment accéder aux brevets ?

  • Des outils mis au point par Questel, Thomson Scientific ou RWS Group sont réservés aux spécialistes des brevets et de la propriété industrielle. Mais d’autres moyens existent :
  • Fin 2006, Google a lancé le site gratuit Google Patent Search [7 millions de brevets]. Reconnaissons, avec Thierry Sueur, dans Les Echos du 27 mars 2007, que « Google constitue un excellent produit d’appel, avec un côté grand public et sexy qui va permettre de faire connaître les outils de propriété industrielle, en particulier aux PME ». Cependant ce site n’est pas du tout unique au monde :
    • il reprend la base de données de l’United States Patent and Trademark Office (USPTO)
    • de plus, dans les autres pays, l’accès à l’information concernant la propriété industrielle est souvent libre et gratuite :
      • même en France puisque, durant l’été, la base Plutarque de l’INPI sera en accès gratuit pour les brevets français et européens déposés depuis 1978
      • la Commission Européenne a créé EspaceNet [50 millions de brevets et demandes]
      • le site de l’USPTO est l’équivalent aux Etats-Unis
      • … et celui du Japan Patent Office au Japon
      • Epoline, quant à lui, donne accès aux échanges électroniques entre les spécialistes de l’OEB

Voilà donc des outils gratuits et faciles d’utilisation pour trouver des brevets. Mais, prévient Christophe Prigent, de Jouve, là encore dans Les Echos : « un déposant s’ingénie souvent à ne rien mettre de discriminant dans le titre de son brevet« . La recherche en langage natuel a du coup encore des progrès à faire. Ce qui est un axe de travail (avec le développement de logiciels de traduction automatique) des différents offices nationaux.

Bibliographie

BOREL, David et MADORE Charles (www.centredoc.ch)
GARIBALDI, Gérard. L’analyse stratégique : comment concevoir les choix stratégiques en situation concurrentielle. Les Ed. d’Organisation, 2001. 438 p.
JAKOBIAK, François. L’intelligence économique : la comprendre, l’implanter, l’utiliser. Les Ed. d’Organisation, 2004. (Les références). 335 p.
-. Pratique de la veille technologique. Les Ed. d’Organisation, 1991. 229 p.
JOUANNOT, Gérard, DESCHARMES, Sylviane, Animer une veille brevet n’est pas un luxe !, Regards sur l’IE, septembre-octobre 2007, p. 24-28
NIEDERCORN, Frank. Brevets accessibles en ligne : Google n’a rien inventé. Les Echos, 27 mars 2007, p.30.
PORTER, Michael. Choix stratégiques et concurrence : techniques d’analyse des secteurs et de la concurrence dans l’industrie. Economica, 1982. (Gestion). XVII-426 p.

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